mardi 19 février 2008

Villiers-le-Bel : Assommer n’est pas guérir


L’intervention des forces de police qui a eu lieu hier, 18 février, à Villiers-le-Bel et a conduit à l’arrestation de 33 personnes, suite aux violences de novembre dernier, a suscité de multiples réactions. Qu’il me soit permis d’exprimer ici une réflexion sur la pertinence de cette intervention.


Que l’Etat défende ses forces de polices, c’est bien le moindre de ses devoirs. Et que des policiers aient essuyé des tirs d’armes à feu, en novembre 2007, est proprement inacceptable. C’est semble-t-il ce qui a entraîné la descente de police d’hier. Que les criminels qui ont tiré sur des policiers soient arrêtés et jugés, je ne saurais pas m’en plaindre.


Mais était-il besoin de plus d’un millier d’hommes pour arrêter une trentaine d’individus qui ne sont pas fichés au grand banditisme ? Villiers n’est pas le centre de la Mafia, cela se saurait. La ville compte 26 300 habitants. A-t-on pensé aux conséquences psychologiques et sociales sur cette petite ville de grande banlieue, de voire une armée de plus de 1 000 hommes déferler sur elle ? C’est une véritable invasion que Villiers a connue hier. A-t-on réfléchi un instant au traumatisme qu’une telle intervention, pour le moins disproportionnée, pourrait engendrer dans toute la population de Villiers ?


La fièvre semblait retomber, peu à peu : après les combats de novembre, la Messe de Noël avait été célébrée dans un bel esprit de joie et de fraternité retrouvée entre les habitants, le curé de la paroisse, le P. Léon Debruyne, pouvait en témoigner. Je crains que l’intervention musclée d’hier ne remette le feu aux poudres, ou qu’au moins elle n’intensifie dans la population de Villiers le climat de défiance envers l’Etat.


D’autant que du coup, la légitimité de l’ampleur des moyens mis en œuvre hier pour arrêter 33 personnes peut être mise en cause. L’approche des élections municipales et la volonté du gouvernement de montrer sa fermeté face à tout désordre social en sont sans doute aussi des causes non négligeables. Si tel est le cas, je crains que l’équilibre de Villiers-le-Bel n’ait été sacrifié à des fins nationales. Car pourquoi, encore une fois, envoyer autant d’hommes pour arrêter 33 malfaiteurs d’envergure sans doute assez faible, sinon pour donner un signe fort de la politique du gouvernement en matière de répression de la violence ?


Assommer n’est pas guérir. Sans doute les violences de novembre appelaient-elles une réaction rapide et forte de la part de l’Etat. Mais après avoir mis fin aux violences, il faut reconstruire. Et ce n’est pas en accablant une population comme celle de Villiers-le-Bel d’humiliations du type de celle qu’elle a eu à essuyer hier qu’on reconstruit un tissu social digne de ce nom. Les élus locaux, les associations, les responsables religieux, tous les habitants sont à l’œuvre pour rétablir l’ordre et renouer des liens, pour que de nouveau on puisse vivre normalement à Villiers. Je crains que les événements d’hier ne remettent tout en cause.




6 commentaires:

Anonyme a dit…

Discours classique d'un curé de gauche ! Ce sont de tels sermons démagos qui ont, depuis Vatican II, progressivement vidé nos Eglises…

Sébastien THOMAS a dit…

Etes-vous vraiment sûr que c'est la place d'un prêtre d'être de droite ou de gauche ?

Merci de votre commentaire, je l'écoute avec attention, mais êtes-vous allé sur place pour rencontrer les habitants de Villiers ? Ils sont réellement blessés, meurtris. Est-ce la conséquence normale d'une bonne politique de l'Intérieur ?

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Ce n'est ni les "sermons démagos" ni la couleur politique des prêtres qui ont "vidés les églises". Ce sont plus ceux qui avaient des positions si tranchées qu'il ont tout coupé.
Autre sujet : Vatican II, politique et prêtres sont trois sujets qui n'ont une interaction que dans votre discours... Pas dans celui de l'Eglise Catholique.

Sébastien THOMAS a dit…

Tiens, je viens de parler de ce dialogue que nous avons eu avec des journalistes, dans la rubrique "commentaires insolites" !
Dommage, finalement, que nous n'ayons pas développé cette discussion...

Bonne journée !

Sébastien

Sébastien THOMAS a dit…

Pensez-vous en effet que le prêtre n'ait son mot à dire que dans le domaine du religieux, voire même dans le domaine uniquement privé de la vie spirituelle de ses paroissiens ?
Je crois quant à moi que ce qui peut repeupler nos églises et surtout amener plus de personnes à Dieu, c'est bien la présence de l'Eglise dans le monde contemporain, dans la cité, finalement dans le lieu où Dieu lui-même a voulu qu'elle soit.
Je comprends votre réaction. Avant (ce mot "avant" résonne souvent comme un âge d'or, mais qu'en est-il en réalité ?), les églises étaient pleines, et les chrétiens étaient engagés dans le monde ! Alors les prêtres pouvaient être prioritairement au service de la prière des fidèles. Aujourd'hui, sans doute, le rôle et la place du prêtre ont changé. Et je crois bien que notre place est d'être membres à part entière de la cité, quitte à prendre position dans des débats non religieux.

Mais peut-être voulez-vous en parler ? A bientôt j'espère,

Sébastien