jeudi 29 octobre 2009

Rencontres pontoisiennes à Rome


Contrairement à ce qu’on pourrait penser, être séminariste à Rome ne sépare pas du diocèse. Il est vrai que le contact direct avec le Val d’Oise, chaque semaine en paroisse, me manque depuis un mois et demi que je suis arrivé au Séminaire français. Cependant, les visites de pèlerins sont nombreuses, surtout en cette période de vacances de la Toussaint.

Depuis près d’une semaine, ce sont tous les séminaristes du Séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux, dont six séminaristes pontoisiens et le P. Yves JACQUESSON, que nous accueillons au Séminaire français. Chaque jour nous partageons nos repas et nous prions ensemble : ce sont de riches moments de retrouvailles !


Hier, j’ai eu la joie supplémentaire de rencontrer le groupe d’animateurs en catéchèse de tout le diocèse, en pèlerinage à Rome jusqu’au 30 octobre, sous la conduite de Véronique LEMERLE et du P. Grégor PRICHODKO. Venus pour redécouvrir l’art comme chemin vers Dieu, ils font un très beau parcours dans la Ville éternelle, de l’Antiquité à la Renaissance, de la peinture à l’architecture, de la mythologie à la spiritualité la plus profonde. Après l’audience pontificale du matin Place Saint-Pierre, les pèlerins devaient célébrer la Messe en l’église Saint-Louis-des-Français. L’ayant appris je suis venu à leur rencontre, et je les ai invités à venir visiter le Séminaire français dans la soirée. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés sur les belles terrasses de la Via Santa-Chiara, devant le soleil qui se couchait sur le Janicule, nous permettant de contempler Rome dans tout son éclat.

Cette rencontre a aussi été l’occasion pour beaucoup de nos pèlerins de découvrir qu’il existait un séminaire français à Rome, où le diocèse de Pontoise est représenté depuis six ans, par Edouard GEORGE puis par moi-même. Nous avons pu échanger pendant une heure sur l’importance de la catéchèse et de l’annonce de l’Evangile dans le monde actuel. Comme cette rencontre était riche pour moi qui me forme en Ecriture Sainte précisément pour cette mission d’annonce ! La rencontre de cette trentaine d’animateurs en catéchèse a été pour moi un bon encouragement à persévérer dans mes études.

Après les quelques jours de visite de Monseigneur RIOCREUX, notre évêque, pour la canonisation de Jeanne JUGAN il y a quelques jours, ce premier mois d’études à Rome aura été riche en rencontres pontoisiennes ! Tous les chemins mènent à Rome, dit-on, alors sans doute dans les prochains mois, non chemins se croiseront-ils : je vous attends !


Sébastien

samedi 10 octobre 2009

N'ayez pas peur des médias !


Chaque année, le Séminaire français de Rome organise pour ses membres une session de rentrée. Cette année, après les événements récents qui ont balloté l’Eglise et les chrétiens, cette session a porté sur les moyens de communication. L’objectif de notre Recteur était de nous faire comprendre les médias, et si possible de nous les faire aimer. C’est à M. Antoine Marie IZOARD, directeur de l’agence de presse I.MEDIA, spécialisée dans les informations concernant le Vatican, qu’a été confiée l’animation de cette session. M. IZOARD a choisi de nous faire rencontrer différents acteurs de la communication à Rome, des acteurs de premier plan qui sont venus échanger avec nous, très simplement. Par la présentation des personnes que nous avons rencontrées, je vais tenter de rendre compte de cette session.

Le premier intervenant a traversé l’ensemble de notre session : M. IZOARD ne s’est pas contenté d’animer les débats, mais il a apporté beaucoup de matière à notre réflexion. Fin connaisseur de la situation et acteur important de l’actualité religieuse, il a introduit nos échanges en soulignant le caractère explosif des relations entre l’Eglise et les médias (presse, radio, télévision et agences de presse). Sans omettre les sujets épineux (on pense au discours de Ratisbonne, à l’affaire WILLIAMSON et aux propos du Pape Benoît XVI sur le préservatif au cours de son voyage vers l’Afrique) il nous a, au cours de ces quatre jours de session, fait toucher la complexité de la communication dans le monde actuel. Cette complexité s’accroît encore lorsqu’il s’agit de sujets religieux.
Du fait réel à l’article de presse, le processus de traitement dépend du média. On ne traite pas l’information de la même façon lorsqu’on est journaliste de télévision ou lorsqu’on travaille dans une agence de presse. Les critères de décision dans le choix de l’information à publier sont complexes : l’information naît beaucoup de la nouveauté, du caractère percutant voire polémique des événements. La hiérarchisation de l’information, de ce fait, est très subjective.
Et le poids des journalistes dans la société occidentale s’est accru depuis quelques décennies. Aujourd’hui, on ne peut plus faire sans les journalistes et fermer la porte à toute discussion avec eux.

Le 6 octobre, nous avons accueilli M. Eric VALMIR, correspondant de Radio-France en Italie depuis 2006, qui a témoigné de son travail et de sa vision de l’Eglise. En réalité, le Vatican représente 10% de ses activités. Eric VALMIR nous a expliqué particulièrement la distinction qu’il faut faire entre le travail de terrain des journalistes et les exigences des rédactions en chef. Les conflits d’intérêts sont nombreux entre Paris qui veut vendre de l’information, faire de l’audience, et le journaliste de terrain qui veut refléter la réalité du pays qu’il couvre. Il faut donc toujours équilibrer les articles, en présentant les thèmes ‘‘vendeurs’’ attendus par les rédactions, tout en faisant passer la réalité du terrain.
En outre, M. VALMIR a dénoncé la ‘‘dictature des dépêches d’agence de presse’’ qui font la pluie et le beau temps dans l’information, car les journalistes ont de moins en moins de temps pour vérifier leurs sources et d’aller sur place, et se contentent souvent de ces dépêches pour rédiger leurs articles. Le problème est alors une uniformisation de l’information, tendance ancienne mais qui s’amplifie aujourd’hui.
Eric VALMIR nous a montré que les actualités religieuses sont traitées de la même façon que les autres actualités, car il s’agit toujours d’un décryptage, hors de l’opinion du journaliste. Il s’agit de voir ce qui se passe, comment, pourquoi… Mais il y a un réel désintérêt et même une inculture religieuse profonde dans le journalisme généraliste, qui empêche l’argumentation et la précision du propos et de l’analyse. Pour finir, il a reconnu que la malhonnêteté intellectuelle du journalisme à l’égard de l’Eglise est réelle, insérée dans une malhonnêteté globale de la société occidentale. C’est inextricable aujourd’hui, mais cela passera.

Le 7 octobre, nous avons eu trois intervenants successifs : M. Frédéric MOUNIER, de La Croix, Mme Catherine JOUAULT, de l’AFP et Mme Romilda FERRAUTO, responsable du département francophone de Radio Vatican.
Frédéric MOUNIER est intervenu avec beaucoup de recul, plutôt comme penseur de la relation entre l’Eglise et les médias. Spectateur de la baisse de la qualité de l’information religieuse en France (il n’y a plus à ce jour dans le service public qu’une vraie spécialiste des questions religieuses en France, pour RFI), Frédéric MOUNIER a déploré que ce secteur soit sous-traité comme déclinaison des problèmes de société. La ‘‘loi de l’emballage’’ qui régit aujourd’hui l’information rend plus difficile une bonne information religieuse. Notons particulièrement sa phrase sur le Pape : « Benoît XVI est un empêcheur de penser en rond. »
Catherine JOUAULT, quant à elle, est venue nous présenter le travail des agences de presse, depuis son expérience de travail au sein de la troisième agence de presse au monde : l’Agence France Presse. Agence multimédia et multilingue, l’AFP est un ‘‘grossiste d’information’’ dont les premiers clients sont les journalistes. C’est un prestataire de services. Elle fournit deux types d’informations : des faits bruts dans ses dépêches, et des analyses de fond dans des dossiers plus rares mais plus développés. De Rome, les dépêches sont envoyées au ‘‘Desk Europe’’ qui la valide ou la refuse. Le tri se fait de lui-même du fait de la dimension commerciale de l’activité de l’AFP. Si les priorités des agences de presse diffèrent selon leur identité (par exemple l’AFP ne traite les discours du Pape que lorsqu’ils concernent la société, alors qu’I.MEDIA les traite tous, de façon systématique), on ne peut oublier qu’elles ont ce type de priorité qui biaise leur regard sur l’actualité. Mais la fiabilité et l’honnêteté des agences est leur garantie d’avoir des clients. Le système s’auto-purifie donc. La presse est donc un miroir de la réalité, mais elle a toujours le pouvoir de cacher des aspects de la réalité, et il faut reconnaître que les choses qui vont bien ne font pas de l’information et ne forment donc pas le cœur de métier des grossistes d’information que sont les grandes agences de presse.
Romilda FERRAUTO est enfin intervenue pour présenter l’activité de Radio Vatican. Elle nous a fait comprendre la complexité de son travail : dans ce métier, faut-il être chrétien avant d’être journaliste, ou faut-il être journaliste avant d’être chrétien ? Cette question se pose sans cesse. Et la qualité du travail de Radio Vatican vient du sérieux de ses analyses, malgré son très court temps d’antenne dans chaque langue. La clé de ce sérieux et de l’objectivité du traitement de l’information est selon elle la diversification des sources (agences de presse, communiqués de presse de l’Eglise, des institutions ou des organisations non gouvernementales, sites Internet). Prenant le contre-pied des autres intervenants, Romilda FERRAUTO pense qu’on minimise aujourd’hui l’attente et la curiosité de la société à l’égard de l’Eglise.

Pour notre troisième jour de session, le 8 octobre, c’est le père Federico LOMBARDI s.j., directeur de la salle de presse du Saint-Siège, qui est venu à notre rencontre. Il est en quelque sorte le ‘‘porte-parole’’ du Pape. Après des études de mathématiques puis de théologie en Allemagne, le père LOMBARDI a travaillé pour la revue jésuite de théologie Civiltà Cattolica. Selon lui, communiquer est une chose naturelle pour le prêtre, appelé à annoncer sans cesse la Bonne Nouvelle. L’important est de toujours savoir quoi dire, en se préoccupant de la simplicité et de la clarté du message. De cette revue théologique à Radio Vatican, la technique est radicalement différente. Avec l’Internet, auquel il faut s’adapter mais sans se laisser fasciner, l’évolution est encore plus rapide, mais c’est nécessaire pour rester en contact avec le monde. La communication du Saint-Siège est forcément intégrative, à vocation universelle. Elle ne doit pas oublier que les épiscopats nationaux le font aussi dans leurs pays ; le Vatican doit donc travailler en concertation et en collaboration avec les Eglises nationales. En d’autres termes, il ne s’agit pas de tout dire, mais de rendre le Pape accessible au monde.
Le directeur de la salle de presse n’est pas le seul acteur de la communication du Saint-Siège : le Pape lui-même, son secrétaire personnel, son Secrétaire d’Etat et la Curie romaine interviennent souvent directement auprès des journalistes. Dans cette complexité, la responsabilité directe du père LOMBARDI est de discerner les sujets importants ou urgents, au contact de la presse. Sa fonction est donc bidirectionnelle, du Vatican vers la presse et de la presse vers le Vatican. C’est cette complexité d’organisation et l’évolution rapide des techniques de communication qui expliquent les difficultés rencontrées par le Saint-Siège par exemple à Ratisbonne ou en Afrique. Et il faut, à partir de ces crises, chercher ce qu’il y a de positif – l’émergence de débats de fond, l’annonce de la vérité malgré le ‘‘politiquement correct’’ – et recevoir les enseignements de ces dysfonctionnements. Selon le père LOMBARDI, il faut aujourd’hui apprendre à mieux intégrer au Saint-Siège le processus de décision avec le processus de communication. Cependant, on ne peut pas communiquer comme tout le monde quand on est chrétien, parce qu’un communicateur chrétien ne peut par exemple pas utiliser la parole pour diviser. Prenant lui aussi le contre-pied d’autres intervenants, le père LOMBARDI pense que la société n’est pas complètement opposée au fait religieux, la célébration des funérailles de Jean-Paul II en a apporté la preuve.

Philippine de SAINT PIERRE, directrice des programmes de KTO, est venue achever notre session le 9 octobre. Fondée par les évêques de France, KTO a une bonne relation avec l’épiscopat, relation de confiance et de filialité. Cela ne signifie pas que les 14 journalistes de la chaîne doivent toujours répéter strictement les communiqués de presse de la Conférence des évêques de France, mais qu’ils gardent toujours en vue l’Evangile et le magistère. C’est ce qui fait de KTO, ‘‘télévision catholique’’ un média d’Eglise, plus encore qu’un média chrétien.
La mission de KTO repose sur trois piliers :
- accompagner la vie de prière et la vie d’Eglise des téléspectateurs,
- donner des éclairages sur l’actualité dans la lumière de l’Evangile et la fidélité au magistère,
- donner à voir la diversité des visages de l’Eglise.
Risquant d’être par trop du côté ‘‘des gentils’’ dans le traitement de l’actualité de l’Eglise, risquant de ce fait de perdre toute crédibilité, KTO veut être pour l’Eglise un partenaire de confiance. La confiance est selon Philippine de SAINT PIERRE le maître-mot des relations entre l’Eglise et les médias. Avec cette confiance, l’Eglise aura moins peur d’intervenir sur tous les sujets sensibles, et elle sera mieux écoutée par les médias.

De ces rencontres nombreuses et denses, nous pouvons retenir que la communication doit être une activité naturelle du chrétien et a fortiori du prêtre. Le rôle des médias dans la société occidentale contemporaine s’est beaucoup développé et l’on ne peut plus aujourd’hui s’en détourner. Entre l’observation du « caractère explosif des relations entre l’Eglise et les médias » et la réflexion sur la « relation de confiance » qui doit s’instaurer entre eux, c’est une large sensibilisation à la culture de la communication qu’a vécue le Séminaire français ces derniers jours.
Merci à M. IZOARD pour cette session, et au travail !


Sébastien THOMAS
Séminariste du diocèse de Pontoise

jeudi 24 septembre 2009

Premiers jours à Rome



Voici deux semaines que je suis arrivé à Rome, envoyé par le diocèse de Pontoise pour débuter des études de second cycle en Ecriture Sainte. Et le moins que je puisse dire, c’est que ces quinze jours ont été riches ! Riches de découvertes dans cette ville magnifique à l’histoire glorieuse et au patrimoine extraordinaire ; riches de rencontres dans ma nouvelle communauté, au Séminaire pontifical français ; riches enfin d’expériences personnelles, dans un environnement nouveau et dans la dernière ligne droite avant le diaconat. Permettez-moi de vous raconter un peu cela.


Les découvertes, pendant ces quinze jours, ont été nombreuses. Pour décrire une journée, il faudrait chaque fois cinquante pages ! Un dimanche matin aux catacombes de Saint Callixte, et l’après-midi même à la plage non loin de Rome. Un autre matin à la basilique Saint-Pierre, l’après-midi dans le Trastevere pour visiter les palais de ce quartier… Comment vous décrire ces promenades dont je me disais récemment qu’elles avaient des allures de triomphe ? Jusqu’au footing de ce soir, au Cirque Maxime, au pied des palais du Mont Palatin ! A chaque coin de rue l’on risque de tomber sur une nouvelle merveille. Un cycle de six conférences, le week-end dernier, m’a permis de découvrir Rome ‘‘de l’intérieur’’, comme la voient les Italiens eux-mêmes. Ces conférences sur l’histoire de Rome avaient lieu sur la place du Capitole, décor extraordinaire s’il en est !
Vous le comprenez, les superlatifs ne suffisent pas à exprimer mon impression de la Ville éternelle, dans laquelle il m’est donné d’habiter pendant les prochaines années !

Les rencontres ont également marqué ces deux premières semaines. Me voici membre d’une nouvelle communauté, au Séminaire pontifical français. Ceux qui me connaissent savent combien j’aimais la communauté du Séminaire des Carmes ; je crois que ce séminaire saura me plaire également. La vie y est assez différente – mais on ne vit pas à Rome comme on vit à Paris ! Les séminaristes et les pères que j’ai déjà rencontrés sont vraiment très sympathiques et fraternels. La vie de prière de cette communauté est très belle, et ce sera pour moi un excellent lieu de préparation à l’ordination diaconale (n’oubliez pas : c’est le 3 janvier, à 15h30, à Sarcelles). Les quelque 60 séminaristes viennent d’horizons très divers, du Cameroun à Nice et de la Sardaigne à Vannes. Seul Pontoisien, je peux néanmoins compter sur le soutien des Versaillais et des Nanterrois !
Envoyé à Rome pour étudier l’Ecriture Sainte, je travaillerai à l’Institut Biblique Pontifical. Les premiers contacts que j’ai eus avec cette noble institution m’ont donné à penser que j’y serais très bien pour progresser en Hébreu et en Grec, puis pour découvrir à fond les textes de la Bible.


Le point marquant de ces premiers jours à Rome, outre ces découvertes et ces rencontres, ce sont cependant des expériences plus intérieures, nourries par celles-ci et celles-là, mais surtout profondément ancrées dans ma préparation au diaconat. Ce départ en Italie qui m’a été proposé par le diocèse, je ne l’avais pas prévu du tout ! Il résonne en moi comme le « Allons ailleurs » prononcé par Jésus dans l’Evangile selon saint Marc (Mc 1,38). Que de choses ont changé pendant ces six derniers mois ! Quitter les Carmes, mais surtout m’éloigner de ma famille et de ma paroisse, du diocèse, de mes amis, de mes habitudes… tout cela n’est pas rien ! Et pourtant, je sens déjà combien cela prépare mon cœur à la disponibilité du diacre que je serai bientôt, et du prêtre que je serai ensuite. Ce « Me voici » que j’ai déjà dit à mon admission et à mon institution, et que je redirai lors de mes ordinations, je le vis ici avec un réalisme certain.


Pour tout cela, pour ces découvertes, ces rencontres et ces expériences, je me confie à vos prières et à vos pensées, chers lecteurs qui me faites l’honneur et l’amitié de prêter attention à moi. N’hésitez pas à m’écrire, j’en suis toujours heureux !

Sébastien

mardi 8 septembre 2009

Session de rentrée des séminaristes de Pontoise en Bourgogne : récit

Les sessions de rentrée des séminaristes du diocèse sont toujours un temps de joie, de retrouvailles et de découverte ecclésiale. Cette année, après la Bretagne et l’Alsace, c’est la Bourgogne que nous sommes allés visiter, guidés par notre délégué diocésain, le Père Guy-Emmanuel CARIOT.

Après quelques ascensions d’arbres à l’acrobranches de Givry, nous avons débuté notre périple par la communauté des frères de Saint-Jean de Rimont où nous avons passé la première nuit. Cette communauté est la maison de formation des frères en théologie ; ils sont une soixantaine, viennent du monde entier, et repartent, une fois les examens passés, vers des prieurés aux quatre coins de la planète. Chaleureusement accueillis par le Père François, prieur de la communauté, qui nous a donné une heure de conférence sur le sacerdoce du Christ dans l’Evangile selon saint Jean, nous avons découvert une communauté joyeuse et priante.

Reprenant la route, nous nous sommes dirigés vers Cluny, belle ville médiévale où régnait la fameuse abbaye Saint-Pierre-de-Cluny – phare de l’art religieux médiéval, hélas détruite à la Révolution française. Nous avons fait la visite de ce qu’il en reste avec le conseil épiscopal du diocèse qui faisait lui aussi sa rentrée en Bourgogne. A Cluny, pendant quelques heures, nous avons aussi rencontré les sœurs de Saint-Joseph-de-Cluny, sœurs missionnaires originaires de nombreux pays, en retraite pour beaucoup d’entre elles : chacune a une multitude d’histoires à raconter, histoires d’annonces de l’Evangile à tous les peuples, histoires d’une évangélisation en actes vécue depuis plus d’un siècle.

Près de Cluny se trouve la belle communauté de Taizé – est-il besoin de la présenter ? – fondée par frère Roger et dont l’actuel prieur, frère Aloïs, nous a reçus, séminaristes et conseil épiscopal, pour une heure de discussion fraternelle autour des intuitions profondes de cette communauté œcuménique qui, depuis le bienheureux Pape Jean XXIII, est un signe pour toute l’Eglise que l’unité des chrétiens est possible. Participant à la prière du soir avec les quelque soixante-dix frères et avec des milliers de jeunes, nous avons pu mesurer combien ce petit village de Taizé peut être pour tous un modèle pour progresser dans la prière du Christ : « Que tous soient un » (Jn 17,11)

Vingt-quatre heures n’ont ensuite pas été de trop pour visiter Paray-le-Monial, sa basilique, et surtout sa spiritualité du Sacré-Cœur de Jésus, révélée entre 1673 et 1675 à sainte Marguerite-Marie ALACOQUE et soutenue par le jésuite saint Claude de LA COLOMBIERE. Temps de prière, temps de rencontre aussi de la communauté de l’Emmanuel qui promeut depuis 1975 ce lieu de pèlerinage et qui anime chaque été les fameuses sessions de Paray-le-Monial.

Notre seconde rencontre du conseil épiscopal a eu lieu à Autun, siège épiscopal depuis le IVe siècle, où Monseigneur Benoît RIVIERE, évêque du lieu, nous a tous invités. Après la célébration eucharistique à la cathédrale Saint-Lazare avec les deux conseils épiscopaux d’Autun et de Pontoise, nous avons visité le plus vieil évêché de France où l’évêque nous a reçus pour un apéritif et un dîner très amicaux, occasion d’une bonne rencontre entre nos deux diocèses aux réalités si différentes et si proches à la fois.

Mais déjà la fin de notre séjour approchait… et nous n’avions pas encore visité une cave viticole ! C’est parce que le Père Guy-Emmanuel a le sens des priorités, il ne voulait pas que nous goûtions un vin sans connaître la réalité de son terroir ! Une halte à Fixin, ville voisine de Gevrey-Chambertin, a permis de mettre fin à cette attente de tous. La fin véritable de notre session a eu lieu à la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay où nous avons célébré la Messe avec les frères et sœurs de Jérusalem qui animent ce sanctuaire.

Si je dois conserver deux souvenirs de cette session, retirer deux perles de ces quatre jours de rencontres et de découvertes, je ne retiendrai aucune visite ni aucun lieu particulier, mais deux liens très forts : entre les séminaristes et avec le conseil épiscopal.
Nous avons toujours beaucoup de joie à nous retrouver entre séminaristes du diocèse, et nous rendons souvent grâce à Dieu pour cette belle unité d’amour fraternel qu’Il met entre nous. Pendant cette session, ce lien a été renforcé par la pratique quotidienne de la lectio divina et du partage biblique. Dans la lecture commune de l’Evangile, nos amitiés se fondent dans un réel esprit de communion enraciné dans la Parole de Dieu.
Le second lien dont j’ai parlé est celui que nous avons développé avec le conseil épiscopal. C’est la première fois que nous deux sessions de rentrée se croisaient. Je suis heureux que nos deux groupes, de générations et de responsabilités très différentes, aient pu ainsi partager des moments aussi forts que la rencontre du frère Aloïs de Taizé ou le repas avec le conseil épiscopal d’Autun. C’est un signe heureux de l’unité de notre diocèse qui nous a été donné à voir.

Avant d’achever ce petit récit, je veux une fois encore remercier nos généreux bienfaiteurs qui soutiennent la formation des séminaristes par la prière et les moyens financiers. Chaque jour nous avons pensé à vous, croyez-le bien, et nous vous avons en quelque sorte emmenés avec nous sur les belles routes de Bourgogne.

Sébastien THOMAS
Séminariste en 5e année
7 septembre 2009

lundi 17 août 2009

Récit d’un mois à Pérouse



L’année prochaine, à la demande de notre évêque, j’étudierai l’Ecriture Sainte à l’Institut biblique pontifical de Rome. Cela nécessite que j’apprenne l’italien ! A cette fin, je suis parti prendre des cours à l’Université pour les étrangers de Pérouse, la capitale de l’Ombrie. C’est le lundi 29 juin, lendemain de l’ordination de Jean-Baptiste ARMNIUS et Samuel BERRY à Pontoise, que je suis arrivé à Pérouse. Ne connaissant pas du tout l’italien, je suis un peu parti dans l’inconnu ! Par l’intermédiaire du diocèse de Pérouse, j’avais pris contact avec la paroisse de Sainte-Marie de l’Assomption de Monteluce, un quartier proche du centre. Le curé, Mgr Luciano TINARELLI, ainsi que les trois sœurs de Jésus Bon Pasteur qui l’assistent dans sa mission pastorale, m’ont tout de suite ouvert les portes de leur maison. Je veux ici raconter en quelques mots ce mois d’apprentissage de l’italien et de découverte de Pérouse et de sa région.


Le début des cours n’ayant lieu que le 6 juillet, j’avais devant moi presque une semaine pour m’installer dans ma nouvelle ville. La capitale de l’Ombrie a une histoire extrêmement riche et intéressante, née avec les Etrusques bien avant que l’Empire romain ne vienne y imposer son joug. Plus tard, ce sont les papes qui imposeront leur pouvoir à la ville, jusqu’à l’unité italienne des années 1860. Les deux murailles de la ville et tous les monuments religieux et profanes témoignent de cette histoire extraordinaire. Si un paroissien me disait que des Etrusques, les Pérugins gardaient un caractère posé, tranquille, mais très affirmé, notre curé Don Luciano nous disait aussi en riant que Pérouse était une ville anticléricale ! En effet, les souvenirs du pouvoir séculier des papes sont assez mauvais, encore aujourd’hui. Par exemple, il est remarquable qu’on ne trouve à Pérouse que du pain sans sel, après une révolte de la ville contre le Pape, suite à une augmentation excessive des taxes sur le sel. Un crucifix de bois, offert par les Pérugins à la cathédrale Saint-Laurent, rappelle aussi leur réaction à l’excommunication qui avait suivi cette révolte… Peuple fort, très chrétien mais très indépendant, le peuple pérugin a toujours bien distingué le pouvoir séculier et le pouvoir spirituel des papes, refusant l’un sans jamais s’éloigner de l’autre. Il serait faux de ramener l’histoire de France à l’histoire de Paris ; a fortiori, il serait illusoire de vouloir comprendre l’histoire de l’Italie en n’en connaissant que l’histoire romaine. Je l’ai compris à Pérouse, et par la suite à Florence.

Mais revenons aux cours. Avec vingt-sept heures de cours et d’exercices par semaine, j’étais bien occupé pendant la semaine ! D’autant que s’ajoutaient deux séances de conversation italienne, avec une paroissienne très sympathique : Maria-Pia. Il me restait les week-ends pour découvrir un peu la région. Mais ces semaines de cours ont été très riches de rencontres. Les quelque vingt étudiants qui fréquentaient mon cours venaient du monde entier : cinq Américains, trois Slovaques (dont deux séminaristes), trois prêtres Polonais, deux palestiniennes, une Colombienne, une Ecossaise, une Néo-Zélandaise, une Hollandaise, un Suédois, un Norvégien… et un Français ! Pendant quatre semaines, nous avons appris à nous connaître, à travailler ensemble, et avant tout à communiquer, dans une langue hybride qui est passée peu-à-peu de l’anglais à l’italien, au gré des progrès de chacun. Peu à peu, une amitié est née avec les deux séminaristes slovaques, Attila et Zóltan. C’est étonnant ce que l’Eglise, même en dehors de ses structures visibles, unit ses fils.


Le premier week-end, avant le début des cours, a été consacré à une première visite d’Assise, distante de seulement une vingtaine de kilomètres de Pérouse. De la fenêtre de ma chambre, au presbytère de Monteluce, j’avais même la chance de voir Assise, sur son flanc de montagne, éclatante de sa blancheur sous le soleil italien. On sait que saint François est souvent venu à Pérouse – c’est notamment en attaquant la ville qu’il fut fait prisonnier dans sa jeunesse. Quelle joie de parcourir ces routes qu’il a lui-même empruntées, de contempler les magnifiques panoramas de l’Ombrie, au lever du soleil comme au couchant, dans la chaleur de l’été, rafraîchi çà et là par l’eau d’une fontaine ! Quelle émotion aussi de revoir ces lieux sur lesquels nous étions venus en pèlerinage, il y a deux ans, avec des jeunes du diocèse. Pour moi la situation a changé : appelé au diaconat par notre évêque il y a un mois (je serai ordonné le 3 janvier prochain), je viens également marcher sur les pas de saint François qui avait refusé par humilité d’être ordonné prêtre mais qui avait accepté d’être ordonné diacre. Diacre François d’Assise, apprends-moi à devenir un serviteur de Dieu, de l’Eglise et de tous les hommes comme toi-même l’as été !


Ce séjour a également été un temps de maturation de ma conception du sacerdoce, auprès d’un curé d’exception : âgé de 83 ans, ordonné le 10 juillet 1949, Don Luciano est curé de la paroisse de Monteluce depuis 42 ans ! C’est une réalité pastorale assez rare aujourd’hui, conservée dans le diocèse de Pérouse. Voici un prêtre qui a baptisé jusqu’à trois générations de la même famille… c’est impressionnant ! La célébration de son jubilé sacerdotal a précisément eu lieu pendant mon séjour – le week-end du 10 au 12 juillet. Pour cette occasion, Don Luciano avait invité son vieil ami d’études Mgr Luigi BOMMARITO, archevêque émérite de Catania (Sicile). J’ai ainsi eu la chance de découvrir une fête paroissiale dans tout son faste et dans toute sa chaleur.
Depuis au moins vingt-cinq ans, Don Luciano accueille dans sa paroisse des prêtres et des séminaristes qui veulent étudier l’italien à l’Université pour les étrangers. Depuis un quart de siècle, la paroisse s’est habituée à voir des prêtres du monde entier concélébrer à l’autel. De cette communauté émane un sentiment d’ouverture impressionnant, où le mot catholique prend tout son sens étymologique !
Au presbytère, pendant ce mois de juillet, j’ai vécu avec deux prêtres japonais, Dominique et Paul, un prêtre indien, Matthieu, et un prêtre polonais, Darek. Les repas et quelques excursions communes ont fondé notre amitié. Nous nous reverrons à Rome, puisque Dominique, Paul et Matthieu iront comme moi étudier dans la Ville éternelle l’année prochaine.

Le week-end suivant, le 18 juillet, j’ai eu la chance de me rendre à Florence. Le voyage en train est un plaisir : les paysages de l’Ombrie et de la Toscane défilent, comme dans un musée de nature. La ville de Florence nous a enchantés : la cathédrale, les rues très larges, entre les palais anciens des puissantes familles florentines, le Ponte Vecchio et ses joailleries, et pour couronner le tout, la visite de la Galerie des Uffizi, musée extraordinaire – l’un des plus anciens du monde. La ville de Florence fut pendant longtemps l’une des plus puissantes du monde, puisque les familles les plus riches y demeuraient, au premier rang desquelles la famille Médicis. Elle fut aussi la première capitale de l’Italie unifiée, avant que Rome ne fût prise par les troupes de Garibaldi et annexée au nouveau royaume.

Je ne peux tout raconter : le prestigieux festival de jazz Umbria Jazz, le pèlerinage à Cascia (sur les pas sainte Rita) et à Nursie (ville natale de saint Benoît et sainte Scolastique), les nombreuses rencontres avec les habitants de la paroisse, les visites de maisons insolites de la ville… que de souvenirs, que d’expériences !


Les cours finissant le 31 juillet, j’ai profité de mon dernier jour en Italie, le 1er août, pour faire un très beau pèlerinage à pieds avec Dominique (prêtre japonais) et Zoltán (séminariste slovaque) de Pérouse à Assise. La date était providentielle, puisque nous avons ainsi pu participer au Grand Pardon d’Assise – solennité annuelle célébrée chaque année depuis plus de 700 ans, depuis que saint François a obtenu du Pape une indulgence plénière pour tous les pèlerins d’Assise qui ne pouvaient pas se payer le pèlerinage de Jérusalem, de Compostelle ou de Rome. A la Portioncule, nous avons participé à une Messe solennelle présidée par le Ministre général des Frères mineurs.
Cette marche de quatre heures avec deux amis m’a rempli de joie : nous étions là, simplement heureux d’être ensemble et de marcher vers Assise, unis par l’amour du Seigneur, à la suite de saint François. Rejoints par Paul pour la journée, nous avons visité une nouvelle fois les lieux majeurs de la vie de saint François.

A la fin de ce mois très riche, je ne peux que rendre grâce à Dieu pour ses dons.

Merci Seigneur, pour Don Luciano et pour les sœurs qui m’ont accueilli avec beaucoup d’amour fraternel et qui m’ont appris mes premiers mots d’italien.
Merci pour Dominique, Paul, Matthieu, Darek, Attila et Zóltan, avec qui j’ai vécu pendant un mois et qui sont devenus des amis.
Merci Seigneur, pour l’Eglise où tu nous donnes de vivre en frères, enfants du même Père !


Sébastien THOMAS
3 août 2009

samedi 30 mai 2009

« Vous aussi, vous rendrez témoignage » – l’Evangile de ce dimanche


À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.
Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement.
J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
(Jn 15,26-27;16,12-15)

Le Seigneur promet son Esprit

Une fois de plus, nous sommes renvoyés aux heures précédant la mort et la résurrection du Christ, dans son long et beau discours d’adieu à ses disciples. Ce discours est vraisemblablement une relecture postpascale opérée par saint Jean, où il interprète des propos tenus par le Seigneur, à la lumière de sa victoire sur la mort au jour de Pâques.
La grande valeur de ce texte est donc de montrer la continuité de l’histoire de Jésus entre avant et après la Résurrection. S’il y a un avant et un après Pâques dans l’histoire, on peut dire aussi qu’en Jésus Christ il y a un lien fort de continuité – qu’on se souvienne de la façon dont le Ressuscité se fait reconnaître de ses disciples après Pâques.
L’Esprit saint qui nous est promis, Esprit de vérité qui procède du Père, n’est pas un ‘‘nouveau Dieu’’ qui viendrait prendre la suite de Jésus, non ! Il est bien « l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière », laquelle vérité est le Christ lui-même. Nous sommes face au mystère de la Trinité divine.

Le temps de l’Eglise, temps de l’Esprit saint ?

Ainsi, si l’on peut dire parfois que nous sommes entrés avec la Pentecôte dans le ‘‘temps de l’Esprit saint’’, après un ‘‘temps du Christ’’, il ne faut en aucun cas introduire une rupture entre ces deux étapes.
« Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi. » Voilà le signe de l’unité de la Trinité divine – et de cette continuité que je soulignais plus haut.
Le Christ rejoignant son Père nous promet l’Esprit saint pour réaliser avec nous la même action que le dessein d’amour de Dieu commande : nous conduire à la reconnaissance de notre Créateur et Sauveur, à l’exclamation : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Parler toutes les langues aujourd’hui ?


Le récit de la Pentecôte (dans le Livre des Actes des Apôtres) parle d’un effet bien connu du don de l’Esprit : les Apôtres parlent toutes les langues des personnes réunies ce jour-là à Jérusalem. Cet épisode pose bien des questions aux chrétiens d’aujourd’hui.
Voici un extrait de l’homélie africaine du VIe siècle pour la Pentecôte proposée à notre méditation dans l’office des lectures de la veille, qui me semble bien intéressant : « Par conséquent, si quelqu’un dit à l’un de nous : ‘‘Est-ce que tu as reçu le Saint-Esprit, car tu ne parles pas toutes les langues ?’’ voici ce qu’il faut répondre : ‘‘Parfaitement, je parle toutes les langues. Car je suis dans ce corps du Christ, qui est l’Église, laquelle parle toutes les langues.’’ En effet, par la présence du Saint-Esprit qu’est-ce que Dieu a voulu manifester, sinon que son Eglise parlerait toutes les langues ? »

Bonne fête de la Pentecôte à tous !

vendredi 22 mai 2009

Dans le monde ou du monde ? – l’Evangile de ce dimanche


À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, les yeux levés au ciel, il priait ainsi : « Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
Quand j’étais avec eux, je les gardais dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie. Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés.
Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.
Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité. »

(Jn 15,9-17)

Qu’est-ce que ‘‘le monde’’ dans l’évangile selon saint Jean ?


On entend souvent dire que les chrétiens sont dans le monde sans être du monde, pour dire qu’ils vivent au milieu des autres hommes de leur temps, mais d’une façon différente… Que signifie précisément cette expression que Jésus utilise dans ce passage de l’évangile selon saint Jean que nous lisons aujourd’hui ?
Le R.P. Xavier Léon-Dufour sj définit le monde comme le lieu où se fait la rédemption des hommes. Créé bon par Dieu mais dénaturé par le péché, le monde est en tension : il est mauvais et il est aimé de Dieu – un peu comme l’homme pécheur.
Etre ‘‘du monde’’ se définit ainsi comme tourner le dos à Dieu, en préférant sa dimension dénaturée. Mais du moment qu’on est né sur cette terre, on est toujours ‘‘du monde’’. Ainsi pouvons-nous comprendre la prière de Jésus à son Père : « Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. »

La joie par la Parole

Le Christ nous a donné la parole de Dieu (vv. 13, 14, 17) pour que nous ayons la joie. Souvenons-nous que le Christ est lui-même la parole de Dieu (cf. Jn 1). Cela signifie qu’il s’est donné lui-même aux hommes, pendant son ministère public.
Mais la parole éclaire l’esprit du monde, elle permet de discerner le bon du mauvais et elle aide ainsi l’homme à se détourner du monde et à vivre selon la volonté de Dieu. C’est pour cela que le monde peut nous haïr, au nom même de cette parole : « Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde »
Une fois qu’on a entendu la parole de Dieu, on ne peut plus vivre tout à fait comme avant. C’est ainsi que je comprends la dernière phrase de ce passage : « Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité. »
Ces paroles de Jésus résonnent comme une nouvelle invitation à fréquenter régulièrement la Parole de Dieu. Elle nous permet de mieux connaître Dieu et de vivre dans une plus grande intimité avec lui. Souvenons-nous d’un passage étonnant de l’évangile selon saint Luc : « Or il advint, comme il parlait ainsi, qu'une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : ‘‘Heureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins que tu as sucés !’’ Mais il dit : ‘‘Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l'observent !’’ » (Lc 11,27-28) Oui, fréquentons la Bible le plus possible, et nous serons remplis de joie.

L’unité autour de la parole

« Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. » Cette prière est sans doute la plus importante au cœur de Jésus : que tous soient un. Et il est frappant aujourd’hui de voir combien la Parole de Dieu est au centre des enjeux œcuméniques. L’unité des chrétiens passera certainement par un retour à l’Ecriture, et par une nouvelle relation à la Révélation.

Prions tous, en ces jours qui nous préparent à la Pentecôte, pour que l’Esprit saint vienne habiter dans nos cœurs et les convertisse, pour qu’en Dieu tous nous soyons un.